« De nos jours, il n’est que trop vrai, les nations ont frémi et les peuples ont médité des projets insensés (1) contre leur Créateur ; et presque commun est devenu ce cri de ses ennemis : Retirez-vous de nous (2). De là, en la plupart, un rejet total de tout respect de Dieu. De là des habitudes de vie, tant privée que publique, où nul compte n’est tenu de sa souveraineté. Bien plus, il n’est effort ni artifice que l’on ne mette en œuvre pour abolir entièrement son souvenir et jusqu’à sa notion.
Qui pèse ces choses a droit de craindre qu’une telle perversion des esprits ne soit le commencement des maux annoncés pour la fin des temps, et comme leur prise de contact avec la terre, et que véritablement le fils de perdition dont parle l’Apôtre (3) n’ait déjà fait son avènement parmi nous. Si grande est l’audace et si grande la rage avec lesquelles on se rue partout à l’attaque de la religion, on bat en brèche les dogmes de la foi, on tend d’un effort obstiné à anéantir tout rapport de l’homme avec la Divinité ! En revanche, et c’est là, au dire du même Apôtre, le caractère propre de l’Antéchrist, l’homme, avec une témérité sans nom, a usurpé la place du Créateur en s’élevant au-dessus de tout ce qui porte le nom de Dieu. C’est à tel point que, impuissant à éteindre complètement en soi la notion de Dieu, il secoue cependant le joug de sa majesté, et se dédie à lui-même le inonde visible en guise de temple, où il prétend recevoir les adorations de ses semblables. Il siège dans le temple de Dieu, où il se montre comme s’il était Dieu lui-même (4).
Quelle sera l’issue de ce combat livré à Dieu par de faibles mortels, nul esprit sensé ne le peut mettre en doute. II est loisible assurément, à l’homme qui veut abuser de sa liberté, de violer les droits et l’autorité suprême du Créateur ; mais au Créateur reste toujours la victoire. Et ce n’est pas encore assez dire : la ruine plane dé plus près sur l’homme justement quand il se dresse plus audacieux dans l’espoir du triomphe. C’est de quoi Dieu lui-même nous avertit dans les Saintes Écritures. Il ferme les yeux, disent-elles, sur les péchés des hommes (5), comme oublieux de sa puissance et de sa majesté ; mais bientôt, après ce semblant de recul, se réveillant ainsi qu’un homme dont l’ivresse a grandi la force (6), il brise la tête de ses ennemis (7), afin que tous sachent que le roi de toute la terre, c’est Dieu (8), et que les peuples comprennent qu’ils ne sont que des hommes (9).
Tout cela, Vénérables Frères, nous le tenons d’une foi certaine et nous l’attendons. »
Notes :
(1) Ps. II, 1. — (2) Job XXI, 14. — (3) II Thess. II, 3. — (4) II Thess. II, 2. — (5) Sap. XI, 24. — (6) Ps. LXXVII, 65. — (7) Ib. LXVII, 22. — (8) Ps. XLVI, 8. — (9) Ib. IX, 20.
(Saint Pie X dans sa première Encyclique "E Supremi Apostolatus" du 4 octobre 1903)
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